Chroniques

Si fragile

Marcelle Gauvreau.
Marcelle Gauvreau
© Sous licence CC BY-SA 4.0Wikimedia Commons

Il y a quelque 50 ans, le 16 décembre 1968, décédait Marcelle Gauvreau, une femme curieuse, passionnée, déterminée et fragile – elle a souffert de poliomyélite et de tuberculose. Elle aura consacré sa vie à la botanique. Le frère Marie-Victorin, qui a fondé le jardin botanique de Montréal, sera non seulement son mentor, mais aussi un ami et un confident. Marcelle Gauvreau aura influencé plusieurs Québécois et Québécoises.

Elle naît en 1907 à Rimouski. Deux ans plus tard, toute sa famille, père, mère et leurs dix enfants, déménage à Montréal. À l’âge de 10 ans, Marcelle souffre de poliomyélite. Puis, en 1924, ce sera la tuberculose qui l’obligera à une convalescence de quatre longues années. Ces maladies en feront une femme de santé fragile, toute sa vie.

Maison de la famille Gauvreau à Rimouski.
Maison de la famille Gauvreau à Rimouski
© Andréane Beloin 2011, Ministère de la Culture et des Communications

En 1929, Marcelle Gauvreau est à la Faculté des lettres et de philosophie de l’Université de Montréal. Mais elle abandonne et s’inscrit à l’Institut botanique de la même université. En 1932, elle obtient une licence en botanique générale et une autre en botanique systématique. En 1933, elle obtient une licence en sciences naturelles. Pendant ses études, elle travaille sous la conduite du frère Marie-Victorin à la bibliothèque de l’Institut botanique. Cela l’amène à s’inscrire à l’École de bibliothéconomie de l’Université McGill, où elle obtient son diplôme en 1935. Elle collabore à la réalisation de la Flore laurentienne du frère Marie-Victorin. En 1939, après avoir arpenté l’est du Canada, elle obtient sa maîtrise ès sciences; elle est la première francophone du Québec à obtenir une maîtrise en sciences naturelles. L’objet de son mémoire sera les algues marines du Québec. L’écologiste Pierre Dansereau aura aidé Marcelle Gauvreau dans la récolte d’algues en Gaspésie.

Frère Marie-Victorin.
Frère Marie-Victorin
© Albert Dumas, Wikimedia Commons

Elle sera une pionnière de l’enseignement périscolaire. En effet, avec l’encouragement du frère Marie Victorin, elle fonde, en 1935, une école pour les enfants de 4 à 7 ans. Cette école, où les cours sont d’une heure par semaine, veut éveiller les enfants aux sciences naturelles et développer leur sens de l’observation. Le nom de l’institution : École de l’Éveil; sa devise : « Je voudrais savoir pourquoi toutes ces choses sont belles ». La popularité de cette école est si grande que l’on trouvera bientôt cinq autres écoles semblables dans la région de Montréal. En 25 ans, plus de 3500 enfants auront ainsi été initiés aux « belles choses ».

Passionnée d’astronomie, elle sera présidente de la section de Montréal de la Société royale d’astronomie du Canada. Enfin, comme journaliste, elle publiera dans Le Devoir une chronique pendant 16 ans. Elle décède en 1968, à l’âge de 61 ans.

Pour la petite histoire, précisons que le frère de Marcelle Gauvreau, Jean-Marie, a fondé l’École du meuble, en 1935, à Montréal, là où les grands peintres Jean-Paul Lemieux et Paul-Émile Borduas enseigneront le dessin. Marcelle Gauvreau était la tante et marraine du cinéaste Claude Jutra.

Étonnamment, une telle femme n’est rappelée que quatre fois dans la toponymie du Québec. Une rue de Montréal et une de Québec rappellent son souvenir. De plus, deux autres lieux, fort bien choisis du reste, portent son nom : une réserve écologique du Saguenay–Lac-Saint-Jean et un jardin public de Montréal. Celui-ci se trouve à proximité du jardin botanique de Montréal; il a été aménagé en vue de contribuer à la sauvegarde des papillons monarques.

Chronique parue le 14 mars 2019.



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Date de la dernière mise à jour : mai 2019

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